Hugues Absil

1. sur les personnages

12T61'bd-1

Je recherche aussi une qualité de présence. Le travail sur le fond est très important, les personnages semblent en surgir. Leur échelle est un facteur essentiel. Trop petits, ils seraient absorbés, trop grands, ils nous écraseraient. J’espère susciter le choc, la surprise provoqués par la rencontre des regards… en même temps, c’est aussi une méditation sur la condition humaine. »

“Ces personnages disent une fragilité, comme s’ils étaient prisonniers mais voulaient se préserver d’une disparition imminente en forçant notre regard à les contempler. La peinture, me semble-t-il, s’oppose au constant zapping de notre époque; il s’agit de rechercher une qualité de présence, de provoquer une méditation sur la condition humaine sur sa fragilité, question toujours actuelle.”

13T06.130x100'.bd

2. sur la série des musiciens

Hugues Absil, artiste peintre et mélomane

10T23 faible memoire-1

Après avoir fait l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, et avoir étudié l’Histoire de l’Art,Hugues Absil s’intéresse à la musique. C’est par le biais d’un ami qu’il introduit l’Orchestre de Paris en 1990. Assistant à toutes les répétitions, il prend le temps de dessiner les instrumentistes, découvrant un rapport entre les compositions rythmiques, les couleurs et le dessin. Ses nombreuses esquisses lui permettent de s’éloigner d’une représentation réaliste.

Le jazz et ses musiciens

Quelques années plus tard, en 2008, il découvre le Festival International de Jazz de Pérouse en Italie. Il reprend alors son travail interrompu à la fin des années 90, et s’inspire cette fois de l’improvisation des musiciens de jazz. Il transpose ainsi le mouvement de l’artiste et de la musique au travers de ses toiles, montrant le flamboiement des trompettes, des saxophones et des contrebasses, dans un panaché de couleurs fauves, dignes des paysages italiens. Pour l’artiste: «il ne s’agissait plus tant de peindre les musiciens dont les croquis s’accumulaient, mais de donner à voir le rythme même de la musique qu’ils interprétaient. Leur corps et leurs instruments se mêlaient peu à peu.»

3. paysage et “paysage orphique”

12T57 bd-1

Au début des années 90, mon travail s’est concentré sur le temps et sa représentation.

J’ai d’abord réalisé de nombreuses esquisses lors des répétitions de l’Orchestre de Paris. Ces séances quasi-quotidiennes de confrontation avec l’univers musical m’ont bientôt poussé à m’éloigner d’une simple représentation réaliste. Il ne s’agissait plus tant de peindre les musiciens dont les croquis s’accumulaient, mais de donner à voir le rythme même de la musique qu’ils interprétaient. Leur corps et leurs instruments se mêlaient peu à peu.

 

Ce travail sur la musique m’a orienté d’une part vers les recherches et les œuvres des cubistes, de Kandinsky ou de Klee et Dufy, mais aussi sur les textes de musiciens comme Schoenberg ou Boulez, ou de philosophe comme Georges Poulet, Gilles Deleuze ou Paul Ricœur. Ces textes m’ont permis d’élargir ma réflexion non plus seulement à la musique, mais au temps en général, tel qu’il fut pensé par Lamartine, Proust, Baudelaire… ou Eisenstein, Abel Gance ou René Clair.

07T11

La mélancolie ou la nostalgie ne sont pas les seules motivations de la représentation du temps. Le spectateur parcourt la toile. Les différents motifs se répondent les uns aux autres, et guident notre regard par de multiples sauts de l’un à l’autre. Cette succession introduit un rythme. La linéarité du temps est brisée. Dans un itinéraire, le spectateur réinvente un temps nouveau.

Les références à la musique, à des mythes comme celui d’Ophée, à l’art moderne comme celui de Delaunay ou de Fernand Léger sont possibles, mais j’ai envisagé aussi un retour au paysage.

Dans une série de ciel, un découpage en petits rectangles de parties d’un même ciel permettait aux motifs de se répondre. Il ne s’agissait plus de saisir l’éphémère dans une lumière évanescente comme chez Constable ou les impressionnistes, mais de ménager à la fois des ruptures et des passages au sein d’une même toile.

 

Ce travail perdure aujourd’hui dans une série de « paysages », que j’appelle « orphiques ». Chaque rupture ma permet de revenir sur un détail, de changer son échelle ou de le voir sous un point de vue différent. Je ne cherche pas à compléter une vision frontale par des approches nouvelles, mais à provoquer un mouvement du regard du spectateur. Le rapprochement de deux détails similaires et pourtant différents le force à passer de l’un à l’autre. Ces confrontations engagent un voyage imaginaire au sein de ce paysage et autour de quelques points fixes comme l’ouverture de l’horizon ou le soleil rouge.

Hugues Absil à l’Atelier l’Ecloserie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *